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Marine Aïello et Philippe R Berthommier

PRÉSENCE MANIFESTE

Marine Aïello & Philippe R. Berthommier

Peintre 

Manifeste. Du latin manifestus, de manus, main. Qui peut être saisi facilement. Avec la main. Le vide peut-il être saisi avec la main ? La présence invisible, le fantôme, le mana. Est-ce le vide ? Combien d’artistes le disent ? Manifester ce vide, qui est tout sauf inhabité, voici l’objet de leur présence. Tracer des traits, remplir des surfaces, faire gonfler des volumes. Avec quel souffle ? Avec quelle main qui saisit la nôtre ? Lorsque Philippe Berthommier et Marine Aïello se rencontrent, ils perçoivent instantanément qu’ils sont habités par une présence familière. Ils le voient, en observant ce qui est sorti de leurs mains – saisis. La pensée archipélique de Berthommier emprunté au Tout-Monde d’Édouard Glissant, l’île mythologique d’ Aïello et tout autour, les eaux primordiales. « Nous avons joué à un jeu. Demandé à la Présence de saisir quatre mains - à la foi – à la fois. Qu’elle se manifeste et qu’elle dise ! Mais quoi ? Vibre le silence. Vibrent les absents. Vibre l’espace-temps. Les esprits. Les récits. Tout confondre. Fondre et fonder. » Car, ici, la présence est un lieu. Un lieu dans le lointain, dont la cloche fait encore vibrer la courbe temporelle. Ici, la présence est un ailleurs, comme nous dirions, un Autre. Elle peut être emmenée avec soi, la présence, ailleurs, et laissée là. Elle peut poursuivre son existence propre, en parallèle. Comme en deux dimensions. Qui avancent sans se toucher, par respect, poreuses mais ne se rencontrant pas. Ou juste un peu, de manière à peine perceptible. Discrète, pudique. Là où le signe hiéroglyphique emprunté fait signe. Paysage. Une part de la présence qui nous revient de l’ailleurs est restée dans l’ailleurs. L’ailleurs ou l’Autre. Elle n’est pas absence. Elle n’est pas, ici, survivance de l’absence ou souvenir. Elle continue sa trajectoire. Comme un double. Nous laissons ailleurs, dans l’Autre, des doubles. Philippe et Marine sont devenus des doubles l’un de l’autre. « Il et son féminin île »* Il a saisi la main. La main à la terre. La main artisane, forcenée, paysanne. L’a collée au mur. Pour y faire des traces. Les mêmes traces sur toujours le même mur. La grotte. L’animal. Celui qui s’extrait de nous quand le souffle nous prend. Prise par la main. L’enfance du geste. L’enfance de l’Art. Gravures, dessins. Tracé. Trajectoire. De la paroi au substrat. Terre. Feu. Volumes. Une présence. Quatre mains. Est-il besoin d’un manifeste ? *Edmond Jabès Marine AÏELLO ©Isis Benchellal

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